Une presse non-profit : La fausse bonne idée

5 Feb
2009

Faire de chaque entreprise de presse une organisation associative « non profit » : voila la proposition qui agite ces jours ci les journalistes de tous bords. C’est un article de Michael Schmidt dans le New-York Times du 28 janvier 2009 qui met le feu aux poudres : « les journaux en danger pourraient être sauvés en les transformant en organisations non profitables (Non-Profit) soutenues par des fondations, comme les collèges et les universités » . Si chacun a des raisons de critiquer cette proposition, la tentation de se placer sous les ailes de bienveillants milliardaires est séduisante en temps de crise.  Ce n’est pas notre avis.

Convertir les journaux en organisation non profit : une proposition inutile

Nous voyons deux éléments essentiels qui expliquent l’inutilité d’une telle éventualité.

1. Le journalisme est dés à présent financé par des mécènes

Les déficits des journaux français sont régulièrement re-financés par leurs propriétaires, grands patrons ou mécènes, qui peuvent les considérer comme leur danseuse. Aux USA, plusieurs milliardaires de renoms sont dans les conseils d’administration (ex : Warren Buffet pour le Washington Post). Enfin, suite aux états généraux de la presse, l’état accorde 600 millions d’euros sur trois ans à la presse, sous la forme de plusieurs mesures. Cette enveloppe, perçue comme un coup de pouce ou comme une subvention, illustre la non-profitabilité de la presse, qui travail sans gagner l’argent qu’elle coûte. La presse est dans tous les cas financée, ou refinancée, par des fonds qui échappent à la simple logique de l’offre et de la demande.

2. Le lecteur est le seul à pouvoir financer l’indépendance de son journal

Comment un journal détenu par la fondation Bill Gates révélerait -il un scandale financier impliquant fondateur de Microsoft ? Plus simplement, nous avons des témoignages quotidiens des limites que pose à une entreprise de presse un actionnariat trop fort ou un mécénat . Par exemple, Direct Matin a remisé un article réalisé par Le Monde et prévu ipour inetgréer sa maquette le mercredi 4 février 2009 pour protéger la position commerciale de son actionnaire principal. L’article critiquait la carte Navigo éditée par la RATP sous l’angle de la liberté individuelle et la conservation des informations sur les trajets effectués., alors que la RATP est un client important de Vincent Bolloré et de ses agences de communication.

La proposition d’un journalisme Non Profit ne nous semble ni novatrice ni génératrice de liberté.

Du tout pub au tout payant : un univers de modèles possibles.

Si nous réfutons la proposition du non profit, c’est parce que nous pensons que des modèles de financement sont possibles. Ce n’est pas parce qu’elle peut parfois menacer l’indépendance d’une rédaction que la publicité est à bannir systématiquement. Et ce n’est par parce que les lecteurs ne sont pas prets à payer pour tout qu’ils ne sont pret à payer pour rien. Il existe un juste milieu entre le refus de lapublicité et l’indépendance féroce du Canard Enchaîné, et la densité incroyable de publicité mélée aux contenus éditoriaux que l’on ne distingue plus du magazine Cosmopolitan.

L’indépendance est due au lecteur : c’est au lecteur d’en payer le prix.

Entre tout gratuit et tout payant, l'univers des modèles possibles

En revanche, vu que c’est au lecteur que le journal doit l’indépendance, seul le lecteur peut en payer le prix : en monnaie ou en écran pub. Mais le tout pub ou le tout payant sont deux extrémités d’un même segment sur lequel de nombreux modèles sont possibles, en papier ou sur le Web.

Si le Tout Pub (c’est-à-dire les gratuits) est un modèle defacto

dépendant des annonceurs, le Tout Payant n’est pas la seule issue (d’où la représentation des modèles de financement proposée ci-contre).

Déclasser la presse d’entreprise à non-profit : Pas un espoir, un constat d’échec.

Pour conclure, nous retiendrons que déclasser les organes de presse du statut d’entreprise vers celui d’organisation non-profit est plus un aveu d’échec qu’une solution sérieuse. Si rien ne garantit jamais à 100% l’indépendance d’un journaliste ou d’une rédaction, de nombreux business models sont possibles pour que chaque type de journalisme trouve son financement. Charge à chaque media de trouver son public et son juste équilibre.

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Une presse non-profit : La fausse bonne idée

1 Response to Une presse non-profit : La fausse bonne idée

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Dubois-Taine

February 6th, 2009 at 2:47 pm

Bonjour,

devenir une entreprise non profit ou rester une entreprise “classique”, ce sont des moyens au service d’objectifs.

Arrêtons-nous d’abord sur les objectifs poursuivis, avant de penser aux moyens. Quels sont donc les objectifs possibles :
- objectif d’indépendance éditoriale ?
- objectif de rentabilité / pérennité ? (sachant que ce deuxième objectif permet d’atteindre le premier)

Ensuite, il est possible d’analyser la contribution d’une entreprise non profit à l’atteinte des objectifs.
Et en l’occurence, être ou ne pas être non profit n’est pas une condition suffisante pour assurer l’indépendance éditoriale ou financière.

Si l’on pousse le raisonnement à l’extrème, en disant que la seule condition suffisante est de vendre les journaux à leur prix complet & réel de fabrication (car partant du principe que la publicité est un facteur de dépendance), alors une société non profit tire alors son avantage, pouvant vendre moins cher qu’une entreprise profitable (prix de vente = coût de revient), toutes choses égales par ailleurs.

Après-il peut y avoir d’autres facteurs en faveur ou en défaveur de chacune des structure possible.

Bien à vous

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