Blogs de journalistes et identité unique : Les marques protègent une certaine liberté

23 Feb
2009

L’articulation entre la marque du support (Le Monde) et l’identité de son éditorialiste (Le dessinateur Vidberg) est un problème qu’aucun journal en ligne n’a complètement résolu. En effet, la valeur perçue d’un article ou d’un édito est fonction de la marque du support comme de la signature. Ainsi, lorsqu’Alison Fine défend l’avènement d’une identité unique des internautes, Exercice de Style y voit un péril supplémentaire pour les supports de presse.


Blogs de journalistes : un exercice obligé ?

Tout bon journal en ligne a ses blogs. Comme un virus, le blog de journaliste s’est installé partout jusqu’à occuper une place centrale sur les Home-Page des journaux en ligne.

Blogs positionnés en Une


Deux conséquences négatives à la mise en avant systématique des blogs sur la presse en ligne :

  1. L’utilisateur peut être déçu de trouver un blog, alors qu’il désirait un véritable article de presse.
  2. Un Blog n’est qu’une méthode de construction de site Web. Ce n’est pas une catégorie éditoriale, en tout cas pas dans la presse professionnelle. Appeler “Blog” l’éditorial d’un rédacteur en chef professionnel, c’est vendre un Chateauneuf du Pape avec une étiquette La Villageoise.


Slate.fr : une course à la marque personnelle

Le magazine Slate a mis en ligne sa version française la semaine dernière : Ni la maquette ni les contenus ne sont convaincants pour l’instant. En effet, le parti pris de réunir les contributions exclusives d’éditorialistes du Net (des blogers connus, ou des experts qui disposent déjà de leur blog) ne fonctionne que difficilement. Chaque contributeur doit arbitrer entre poster son billet sur Slate ou sur son blog. Cet arbitrage cache un déséquilibre entre une marque Slate absolument inconnue en France, et des marques personnelles bien installées. Il y a fort à parier qu’une info, ou un article d’une qualité particulière, soit préférentiellement posté sur le blog perso des éditorialistes, et que Slate devienne une collection de billets de seconde zone.


Une identité unique pour les internautes : La fin de la liberté de marque ?

Ce qui motive la pratique d’Internet, c’est en partie la capacité à gérer soi-même son identité. L’internaute décide de s’identifier ou non, de mentir ou non et surtout d’afficher ou non son identité. Évidemment, l’internaute sait qu’il n’a pas le même accès aux services selon son niveau d’identification : Inutile de tenter la consultation du compte bancaire de Kikou87 ou de FranckyVincenzo24. Mais cette liberté de choix permet à l’individu de mettre en scène une ou plusieurs marques, par le biais de surnoms.

Les individus deviennent les propriétaires d’un portefeuille de marques, destinées à un public, un univers et une audience.

Au delà de la menace totalitaire, la contrainte de l’identité en ligne réduit l’intérêt même d’Internet. C’est une réduction de la liberté individuelle dans le sens où chacun se retrouve enfermé dans son identité physique. Mais c’est aussi une réduction du pouvoir des marques, imposant la signature comme repère systématique de la qualité des contenus, et affaiblissant encore la valeur des marques de presse.

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