USA / France : Un traitement bien différent de l’avenir du journalisme

11 May
2009

Alors qu’aux états-unis les hommes politiques et les journalistes conjuguent leurs efforts pour imaginer le journalisme de demain, nous vivons en France la répétition sans fin du mélodrame Journalistes VS Politiques. Aux yeux d’Exercice De Style, cette particularité bien française est un frein à l’invention du journalisme nouveau.


Le sénat américain se préoccupe de l’avenir de la presse US

Ce 8 mai, une dépêche AFP nous apprenait que le Sénat américain s’était penché sur le sujet lors d’une réunion de la sous-commission des communications, de la technologie et de l’internet, qui a rassemblé des représentants des “nouveaux” et “anciens” médias.

“Les journaux ressemblent à une espèce en danger”, a lancé le président de la sous-commission, John Kerry, alors que la presse américaine accumule plans de licenciement et fermetures de titres vieux parfois de plus d’un siècle. Beaucoup d’autres organes perdent de l’argent et sont menacés non seulement par la récession, mais aussi par la concurrence de l’information gratuite diffusée sur la toile.
“Lorsqu’il s’agit de transmettre des informations de façon rapide, le papier et l’encre sont devenus obsolètes, éclipsés qu’ils sont par la puissance, l’efficacité et l’élégance technologique de l’internet”, a observé l’ancien candidat à l’élection présidentielle.
Mais le sénateur s’est également demandé “si le journalisme en ligne saura porter les valeurs du journalisme professionnel comme l’a fait la presse traditionnelle”.

On note dans cette dépêche un élément particulièrement important à nos yeux :

Le sénateur a reconnu ne pas savoir quel rôle les pouvoirs publics pourraient jouer pour défendre la presse américaine mais jugé que quelque chose devait être fait pour sauver les journaux.

Le politique aux états-unis se pose en partenaire de la presse, et admet son impuissance malgré une véritable bienveillance.

En France, l’élysée souhaite accroitre l’encadrement légal du journalisme

La même semaine, nous apprenions dans Le Monde que L’Elysée entendait accélérer la mise en place d’un code de déontologie des journalistes en contrepartie des aides promises lors des états généraux :

L’état souhaite maintenant que les éditeurs avancent dans deux domaines : la réforme de la distribution sans toucher à la loi Bichet et la rédaction d’un code de déontologie, comportant “des droits et des devoirs”, qui serait annexé à la convention collective des journalistes. Pour cela, l’Elysée laisse entendre que les aides promises à la presse pourraient être conditionnées à l’avancement de ces deux dossiers.

L’ambiance est bien différente en France : Le politique mène une action volontariste d’encadrement et de direction de l’évolution du journalisme.

Notre histoire nous enferme dans une conception d’un journalisme dépendant du pouvoir politique

Loin de nous de refaire l’histoire de la démocratie aux USA et en France. En revanche, nous pouvons simplement constater que la démocratie est née aux etats-unis avec defacto un journalisme libre en contrepouvoir. Alors qu’en France, la démocratie émerge avec une presse souteraine libre, mais une presse établie au service du pouvoir. La presse établie en France est d’ailleurs toujours liée d’une manière ou d’une autre au pouvoir (RadioFrance reste une référence, et Bolloré et Lagardère cumulent une part importante de nos organes de presse).

Il est probable qu’en France nous intégrions dans notre culture une dépendance entre pouvoir et journalisme, qui n’entre pas dans le schéma culturel américain.

Pour le journalisme du roi, Internet est un problème insoluble

Cette conception culturelle du journalisme du roi mène notre petite démocratie hexagonale dans des extrémités particulières : présenter le 20h et être marier à un ministre, être flatté de l’invitation à dîner de monsieur le député à la mode, partager les mêmes cantines et les mêmes trocquest que ceux que l’on va décrier dans un papier dix minutes après. Dans cette configuration, être un véritable contrepouvoir est à chaque papier un problème.

Mais sur Internet il n’y a pas de pouvoir centralisé, et chaque internaute a le pouvoir de parler au même niveau que les politiques et les institutions : chaque internaute se conçoit comme un contre pouvoir.

Ainsi, une fois sur le Web, le journaliste français est le seul internaute a avoir des problèmes de conscience quant à sa posture de contrepouvoir. Alors que tout les internautes se permettent sans sourciller de s’attaquer aux différents pouvoir, le journaliste français est bloqué par un problème de conscience et une suscpission sur sa propre légitimité.

Être journaliste sur le net : ça commence par être un internaute

Personne n’a encore trouvé la solution, mais il est certain que pour être un journaliste sur le net, il faut déjà accepter d’être un internaute.

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